Shampoing solide : une panacée pas si panache

Dernière mise à jour : avr. 11

Trouver un moyen de laver ses cheveux le plus naturellement et sainement possible, de façon écologique et économique, n'est vraiment pas évident. Les shampooings solides ont été pour moi une réponse évidente pendant un bon moment, jusqu'à ce que je creuse davantage leur composition, pas si inoffensive que cela ! Alors comment laver sa tignasse avec tous ces paramètres précédemment cités? Avant de vous partager mes recherches et mes expérimentations, quelques petites précisions s'imposent.


Qu'est-ce qui constitue un shampoing, en fait ?

Un shampoing n'est rien d'autre qu'un produit servant à nettoyer la chevelure. Pour cela, il doit être munie de certaines propriétés, dont celle surtout, d'être détergent, grâce à une substance appartenant à la famille des "agents de surface". C'est cette propriété donc, qui a la capacité de nettoyer le cuir chevelu de ses impuretés, du sébum, des bactéries, ... etc. Et en matière de chimie, des détergents, il en existe beaucoup ! Certains sont dangereux, cancérigène, irrespirables ... D'autres, moins. Dans le monde du cheveux, on utilise plutôt le terme de "tensioactif" pour indiquer la substance chimique lavante dans un shampoing. Certains sont perçu à tord comme totalement inoffensifs. C'est le cas de nombreux tensioactifs utilisés dans les shampoings solides tel que le "SCI" ou "SCS".



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Tensioactifs : bienvenue dans l'univers de la jungle

En réalité, il existe 4 types de tensioactifs seulement, présentés ci-dessous du pire au "moins pire" :

  • Les tensioactifs cationiques (chargés positivement) : plutôt "assouplissants" et bactéricides, ce sont en général des sels d'ammonium quaternaires (les "quats"), connus pour leur côté irritant : c'est ce qui pique très fort les yeux dans les shampoings ! En outre peu moussants, ils pourraient surtout avoir un lien avec la maladie de Parkinson, des anomalies congénitales et l'infertilité.

  • Les anioniques (chargés négativement) : constituant encore la majeure partie des shampoings industriels sous la mention de laureth sulfate de sodium, laurylsulfate de sodium, laurylsulfate de triéthanolamine ... Vous avez peut être remarqué sur certains shampooing industriels écrit "sans sulfates" (= issu du soufre) ? Et bien cela signifie que ces tensioactifs ont été évité, car justement, figurez-vous qu'il s'agit là de perturbateurs endocriniens, et donc probablement cancérigènes...

  • Les amphotères (à charge nulle) : Moins irritants, ils ont la particularité de s'adapter en fonction de pH de la solution dans laquelle ils sont. En milieu alcalin, ils se comporteront comme un tensioactif anionique. En milieu acide, ils se comporteront comme un tensioactif cationique. C'est le cas du tensioactif "doux" appelé bétaïne de cocamidopropyle. Conçu à base d'huile de noix de coco certes, mais avec un procédé polluant car issu de l'industrie du pétrole (Pétrochimie)... Depuis 2013, les labels bio (sauf Ecocert) refusent de l'utiliser, surtout qu'il serait déclencheur d'eczéma et d'autres dermatites.

  • Les non ioniques (sans charge électrique) : Ici, on trouvera différents types de tensioactifs, mais surtout les tensioactifs à base d'esters de sucre, non irritant et non dangereux... Ou presque : Les alcools éthoxylés, alcanolamides, alkylphénols éthoxylés sont considérés comme perturbateurs hormonaux. Aussi malgré l'innocuité des autres tensioactifs, leur production est assez polluante car elle implique la formation d'autres substances chimiques qui doivent ensuite être éliminées. Ce sont ces tensioactifs que l'on retrouve en général dans les cosmétiques bio.

Lavants "doux" : Tous égaux ? Tous nocifs ?

La mode est aux tensioactifs dit "doux" ou "naturels". Mais l'agent lavant de votre shampooing est-il vraiment inoffensif ? Ce qu'il faut savoir, c'est que le shampoing solide est 2 à 3 fois plus concentré qu’un shampoing liquide : 30 à 60% de tensioactifs pour un solide versus 15 à 25% pour un liquide. Donc un tensioactif doux plus concentré n'est au final, pas si doux que ce que l'on pense.

Passons au crible ces différentes substances :

  • Le sodium coco sulfate :Tensioactif anionique dérivé sulfaté des acides gras de l’huile de coco ; A long terme, quand il est concentré à plus de 15% sous sa forme pure dans une formule, il va à long terme assécher le cheveu et provoquer des réactions irritantes au niveau du cuir chevelu. Bref, il a beau mentionné le nom de "coco", c'est surtout son aspect sulfaté qui est le plus problématique.

  • Le sodium cocoyl iséthionate : Tensioactif anionique encore, contenant également du soufre. Alors oui, ça mousse très bien, mais a terme cela détruit la kératine naturelle des cheveux, et peut générer une chute de ceux-ci. Il semblerait également que le soufre, en traversant la barrière cutanée, deviennent une charge importante à détoxifier pour le foie.

  • Le disodium cocoyl glutamate ou sodium cocoyl glutamate : non ionique donc non nocif, mais issu de la transformation de la noix de coco, là encore. Ni écologique, ni local.

  • Le coco glucoside : tensioactif non ionique obtenu à partir des alcools gras issus des huiles de coco et de palmiste et de glucose. Autrement dit pas local, même si ce serait le moins pire de tous. Il est d'ailleurs plus cher.

  • Le lauryl glucoside : assez proche du coco glucoside, ce tensioactif non ionique est obtenu à partir de l'acide laurique, lui-même issu de l'huile de coco ou de ... Palmiste ! Alors non, un shampoing solide n'est PAS forcément écologique sous prétexte qu'il n'y a pas d'emballage.

  • Le decyl glucoside : tensioactif obtenu à partir des alcools gras issus des huiles de coco et palmiste là encore, et du glucose issu du maïs. 

Vous l'aurez compris, moi qui cherche une solution écologique, saine et économique, je ne suis pas du tout satisfaite par ces tensioactifs issus de produits cultivés de façon intensives à l'autre bout de la planète, et transformé en Chine selon des procédés de la pétrochimie. Rien ne prouve la pureté du produit, rien ne prouve une éthique du fabriquant. Alors j'ai testé beaucoup d'autres choses.


Des substances lavantes efficaces et disponibles dans la nature, c'est possible ?

Oui ... et non. Ma recherche du lavage idéal est toujours en cours.

  • Le lierre qui contient de la saponine : pour l'avoir testé car je l'utilise déjà pour laver mon linge, ça fonctionne très mal sur moi. Les cheveux sont poisseux, lourds et ternes.

  • Le savon de Castille : mêmes effets que le shampoing au lierre.

  • La farine de pois chiche : en shampoing sec, ça dépanne mais ça multiplie l'épaisseur du cheveux par 3, attention aux coupes disco !

  • L'argile blanche en shampoing sec, pour espacer les lavages, c'est très bien aussi, mais pas sur le long terme.

  • Le shikakai : pas du tout local mais qui est très agréable, rend le cheveux léger et brillant, mais venant d'Inde donc pas local du tout.

  • Le rhassoul : Assez bon pouvoir lavant également mais venant du Maroc donc d'assez loin.

  • L'avoine : en cours de test.

  • Les oeufs : à tester, car même s'ils ne contiennent pas de saponine, ils contiennent naturellement de la lécithine, qui à un pouvoir émulsionnant également.

Pour conclure, même si je n'ai pas encore trouvé LE shampoing idéal, qu'est-ce que je vous conseille VRAIMENT d'éviter pour votre shampoing ?


  • Les produits avec la présence de ces substances : "lauryl" ou "laureth" ou "sulfate" ou "(...)-thio-(...)" (comme iséthionate qui signifie sulfaté).

  • Je fais confiance à des labels exigeants comme BDIH et NaTrue, pour qui la santé humaine et environnementale sont toutes deux autant primordiales.

  • L’agressivité des tensioactifs étant un phénomène "dose-dépendant", attention aux shampoings (solides du commerce notamment) qui contiennent beaucoup.


Qu'est-ce que la naturopathie peut faire pour nos jolies bouclettes ?


  • Choisissez vos cosmétiques en conscience : Sachez faire la différence entre "naturel", "bio", "écologique" et "sain". Pour citer un exemple, le tabac est naturel mais pas sain. Le café bio n'est pas écologique (ne serait-ce que par son importation). Il en va de même pour ce que vous appliquerez sur votre peau : méfiez vous des recettes miracles et des slogans commerciaux qui laissent reveur.

  • Laisser respirer le cuir chevelu : Primum non nocere ! En naturopathie on sait que la peau est un des organes qui permet d'évacuer les toxines. Cela passe aussi par le cuir chevelu ! Donc exit les produits non-indispensables tel que la laque, les après-shampoings, les produits lissants ... Optez plutôt sur un système qui retire le calcaire de l'eau, ou au moins un pommeau de douche filtrant, ça supprimera déjà en grande partie l'effet "paille". Si besoin, une petite pointe d'huile de noisette (huile sèche) chauffée entre les mains et répartie sur les longueurs, ça sera bien plus efficace qu'un après-shampoing qui va en réalité entretenir le problème pour mieux vous vendre ... de l'après-shampoing.

  • Faire transpirer son crâne : Notre crâne est pourvu d'une multitude de glandes sébacées et sudoripares. Pensez-y, le sport (ou le sauna) est idéal pour faire sortir les colles et les acides qui sur-peuplent nos organismes. Un petit gommage avec de l'argile blanche et un peu de sel fin, une fois par mois, viendront parfaire le nettoyage. Une bonne brosse ça fonctionne aussi très bien ! Attention à ne pas en abuser, car cela détériorerait votre écosystème cutané.

  • Trop de produits naturels tue le naturel : On ne résout pas un problème en éradiquant le symptôme, même avec des produits bio avec X ou Y propriétés. Le coup d'utiliser des remèdes forts comme les huiles essentielles est une très mauvaise idée. Aucune n'est sans réel danger, surtout quand il s'agit de les appliquer proche du système nerveux. De plus, la production d'une huile essentielle est extrêmement impactante et coûteuse, en temps, en quantité de plantes et en eau. C'est un peu comme l'huile de palme : c'est bien utile, mais on sait aujourd'hui que sa culture est tout sauf éthique et durable. Les huiles essentielles sont à utiliser ponctuellement, dans des cas bien particuliers, et en connaissance de causes.

  • Équilibrer sa production de sebum : La clef est là. Gérer le système hormonal, et drainer les émonctoires (detox des colles), sont les deux points primordiaux à travailler sur le long terme pour se passer, ou du moins espacer les lavages. Attention à ne pas faire n'importe quoi : une cure drainante avec une plante choisie au hasard peut être dangereux ! N'oubliez pas que les médicaments sont issus de la nature ... Et la nature peut elle aussi, faire mal. La plupart des plantes drainantes ont des contre-indications, même si celles-ci sont minimisées par les laboratoires qui les vendent.

Pour finir, un problème spécifique de cuir chevelu, qu'il s'agisse de cheveux gras, de pellicules, de psoriasis, ou de pointes sèches ... démontre un déséquilibre dans la façon dont vous nourrissez celui-ci de l'intérieur. Autrement dit, il y a forcément excès ou manque quelque part dans votre alimentation. Ces désagréments ne sont pas une fatalité, en résolvant la cause sous-jacente, on vient souvent à bout de soucis qu'aucun produit miraculeux n'a su résoudre. Heureusement, la naturopathie est là pour ça !



Pour aller plus loin :